Fauteuil cocooning recouvert d'une couverture vert sauge, avec une béquille, un ordinateur fermé et une tasse de thé près d'une fenêtre ensoleillée.

Comment je me suis niqué un genou... en sursautant

Ou comment une semaine parfaitement banale a décidé de me rappeler que la vie possède un humour franchement discutable.

Depuis quelques jours, j'ai le cafard.

Le vrai. Pas celui qui passe parce qu'on mange un carré de chocolat (ou la tablette entière, je ne juge personne).

Non. Celui qui s'installe tranquillement dans un coin de votre cerveau, tire la couverture jusqu'au menton et refuse obstinément de repartir.

J'ai l'impression que mon corps et mon esprit sont enveloppés dans une énorme couverture de mélancolie.

Évidemment, les conseilleurs sont déjà dans les starting-blocks.
— Regarde le verre à moitié plein.
— Il y a pire dans la vie.
— Pense positif.

Ils ont raison. Tous. Le problème, c'est que savoir quelque chose... ne suffit pas toujours à le ressentir.

Alors aujourd'hui, je vais essayer une autre méthode.

Écrire. On verra bien si les mots arrivent à retirer cette fichue couverture.


Tout a commencé le lundi 22 juin 2026.

Je sors tranquillement du travail avec Yasmina.
On discute. On traverse la route.
Un camion passe derrière nous.

Jusque-là, rien qui mérite un article de blog.

Sauf que...
Je sursaute. Un mini-sursaut ridicule.

Je sursaute pour tout et pour rien. Je suis fabriquée comme ça.  (oui, il n'y a pas de bouton "désactiver")

Et là...

PATATRA.

Je regarde Yasmina.

— Je viens de me niquer le genou.

Comment peut-on réussir à se blesser en... sursautant ?

Franchement. Même aujourd'hui, je n'ai toujours pas la réponse.

Si quelqu'un possède un doctorat en "traumatologie du sursaut", qu'il me contacte.

Je suis preneuse. Bon... Pour être totalement honnête, ce pauvre genou n'était déjà pas au sommet de sa forme.

Le jargon médical parle d'un enchondrome fémoral.

Moi, j'appelle ça : "ce machin qui habite mon genou gauche et qui décide parfois que marcher est une activité totalement surestimée."

On a découvert son existence l'été dernier. Comme quoi, il était déjà là depuis un moment, tapi dans l'ombre, attendant son heure de gloire.

Et manifestement, un simple sursaut lui a suffi.


Yasmina, elle, reste très calme.

— Ça va passer.

Viens, on va jusqu'au rocher là-bas.

À ce moment-là, j'oscille entre deux états.
Les larmes. Et le fou rire. Parce que chez moi, quand j'ai très mal... Je ris.

Je ne sais pas pourquoi. Mon cerveau doit avoir signé un contrat bizarre avec mes émotions.

Finalement, la pauvre Yasmina finit par me ramener jusqu'au tram.

Puis jusqu'à chez moi. Accrochée à son bras.

Au passage, elle me lance, tout naturellement :

— Tu sais, quand je promène ma mère, elle me tient exactement comme ça.

Je lui demande :

— Elle a quel âge ta mère ?

— 81 ans.

Je me mets à rire.

Et je la traite affectueusement de garce.

L'amitié, c'est aussi ça. Pouvoir comparer une collègue de travail à une octogénaire sans déclencher d'incident diplomatique.


Dans le tram, j'appelle mon fils.

Relais de Yasmina.

Puis direction mon lit.

Le lendemain matin... Le SAMU.

Qui m'envoie chez mon médecin.

Verdict :

Huit jours d'arrêt. Une attelle. Des béquilles.
Une cargaison d'anti-inflammatoires. Et du repos.
Alors... Porter une attelle pendant une canicule...

Je recommande.

À tous ceux qui rêvent de savoir ce que ressent un rôti dans son sac cuisson.


Mais...

Soyons honnêtes.

Mon cafard n'a pas commencé avec mon genou. Je crois qu'il s'était déjà invité quelques jours avant. Vendredi.

Le fameux vendredi. Celui où mon ordinateur a décidé de rejoindre les forces du mal.

Comme vous le savez, je suis inscrite au Club des Belles Âmes.

Depuis des années, je rêve de rencontrer quelqu'un.

D'ailleurs, je lui ai même écrit une lettre. Pas celle de Renan Luce... Même si, franchement, si un homme pouvait tomber amoureux de moi, je signe tout de suite.

Tiens... Je m'éparpille encore.

Au passage, mon fils aîné chantait cette chanson quand il était petit. Il avait une voix magnifique. Bref. Revenons à nos moutons.

Ou plutôt à mon ordinateur démoniaque.

Je reçois un mail. On me demande de télécharger Zoom pour tester le lien du futur "Slow Talking".

Sauf qu'en ce moment... Ma boîte mail professionnelle déborde tellement que je lis les messages en diagonale. Très mauvaise idée.

Parce que je fais maintenant la même chose avec mes mails personnels.

Je télécharge donc... le mauvais Zoom. Enfin... Pas vraiment Zoom.

Une copie frauduleuse qui m'installe ce qu'on appelle un logiciel malveillant (ou malware), autrement dit un programme conçu pour perturber ou prendre le contrôle de votre ordinateur.

En français courant ? Une vraie saloperie.

Mon ordinateur se bloque. Totalement. Mon rendez-vous de test est prévu dans quelques minutes.

Je passe deux heures trente à essayer de sauver la situation. Deux heures trente où je passe alternativement par :

La colère, le découragement, la négociation avec les dieux de l'informatique, et quelques noms d'oiseaux que la bienséance m'interdit de reproduire ici.

Et finalement...

C'est ChatGPT qui m'aide à m'en sortir.
Alors, petite parenthèse.
Merci l'intelligence artificielle.

D'ailleurs...

Petit sondage ! Êtes-vous plutôt :
☐ Pour l'intelligence artificielle.
☐ Contre.
☐ Ça dépend si elle répare votre ordinateur.

Répondez-moi dans les commentaires.

Ou dans la rubrique Entre deux lignes*.


Je finis enfin par tester mon lien.

Tout fonctionne.

Ouf. Je prépare ensuite cet événement pendant plusieurs jours. Je regarde les vidéos. Je travaille mes réponses. Je m'entraîne. Je réfléchis. Je recommence. Je me prépare vraiment.

Puis je reçois un deuxième mail. On m'explique que le premier lien pose problème.

On m'envoie un nouveau lien. Et là... Comme d'habitude... Je lis le mail... En travers.

Je vérifie uniquement qu'il y a bien un lien.

Je confirme. Sans lire le reste.

Vous voyez venir la catastrophe ?

Moi non. Sinon, ce serait moins drôle.

Le grand soir arrive. Je me coiffe. Je me maquille. Je choisis ma tenue. Je répète mes réponses.

Je suis prête à séduire la planète entière. À 19 heures tapantes...

Je clique. Toute fière. Et là... Une charmante organisatrice m'annonce :

— Le Slow Talking a commencé il y a trente minutes..........

.........Silence.

Je crois que mon cerveau est parti faire une promenade sans moi.

J'avais oublié de lire... l'horaire.

Il avait changé ? Je ne pense pas ! Je pense que j'ai simplement pris l'horaire  des masterclass. C'est cela d'avoir dans un tant minime, trop d'information, je lis mes mails de travers, et mon cerveau fait un second tri, là il n'a pas été sympa avec moi.

Je termine malgré tout la soirée. Mais honnêtement ?

Je ne me souviens presque plus de ce que j'ai répondu.

Je me traite de tous les noms.

Je me maudis. Je suis profondément déçue de moi-même.

Alors qu'au fond...  J'étais simplement fatiguée.


Il y a pourtant une question à laquelle j'aurais aimé répondre autrement.

On m'a demandé :

"Si, pendant un dîner, votre compagnon fait une blague de mauvais goût ou une réflexion désagréable, comment réagissez-vous ?

"Avec un peu de recul, voici ma vraie réponse. Si c'est une blague que je trouve de mauvais goût... il y aura peut-être quelqu'un d'autre autour de la table qui rira. L'humour est une affaire très personnelle. Si c'est une blague de gros bof...  j'espère surtout que je me serai aperçue avant que je partage ma vie avec un gros bof.

Et si c'est une réflexion qui m'est destinée pour me blesser devant tout le monde...

Alors je me fermerai comme une huître.

Parce qu'un homme qui humilie la femme qu'il aime en public n'est probablement pas le prince charmant que j'attendais.

Ou bien je lui ai fait quelque chose qui mérite une explication.

Mais dans ce cas...

Pourquoi choisir une table entourée d'amis plutôt qu'une conversation en tête-à-tête ?

Et puis il y a une autre question que j'aurais adoré entendre.

"Qu'est-ce qu'on peut vous souhaiter ?"

Je crois que j'aurais répondu ceci :

« Une histoire incroyable. Une de celles qui donnent envie d'y croire encore.
Un peu comme dans Et si c'était vrai de Marc Levy... avec la magie de cette rencontre improbable.
Mais, contrairement au roman, je me passerais volontiers du fantôme dans mon placard.

Je veux un homme. Un vrai. Un vivant. Avec de l'humour, des épaules solides, un regard qui rassure et des bras où j'aurai envie de revenir.

Et surtout... J'aimerais que notre histoire ait droit à sa suite. Comme Vous revoir.

Parce que, dans les romans comme dans la vie, j'aime les histoires qui finissent bien.


Alors voilà.

Peut-être que cette fameuse couverture de mélancolie ne disparaîtra pas aujourd'hui.

Peut-être qu'il lui faudra encore quelques jours.

Mais une chose est sûre.

Elle pèse déjà un peu moins lourd.

Parce qu'elle est maintenant couchée noir sur blanc.

Et si, au passage, je vous ai fait sourire une ou deux fois...

Alors cette semaine n'aura peut-être pas été complètement perdue.


Je m'éparpille...
Et alors ?

Cinq petits cafards amusants sous une couverture vert sauge : l'un rêve, un autre dort, un troisième tient un diamant, un autre fait le clown et le dernier boit une tasse.

* La page entre deux lignes et en cours de construction

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