Diamant et rose sur un coussin vert, illustration de l’article Ma sœur, ce diamant un peu autoritaire

Ma sœur, ce diamant un peu autoritaire

Entre chamailleries, souvenirs et amour de sœurs

Ma mère m’a souvent raconté qu’un Noël, elle m’avait offerte à ma sœur dans une boîte à chaussures.

Vrai ou faux ?
Aucune idée.

Je ne m’en souviens pas…
Et je ne suis même pas certaine qu’elles s’en souviennent vraiment non plus.

Mais finalement, cette histoire nous ressemble assez bien.

Ma sœur.
Ma frangine.
Celle aux trois prénoms beaucoup trop grands pour une seule personne.

Elle est généreuse, brillante, entière… et surtout, elle est tout mon contraire.

Enfin… c’est ce que j’ai longtemps cru.

Pendant des années, j’ai pensé qu’elle était plus forte que moi dans presque tous les domaines.

Elle joue avec les mots comme certains jouent du piano.
Elle sait raconter, convaincre, argumenter.
Elle possède cette mémoire incroyable qui lui permet de ressortir des détails d’il y a cinquante ans avec une précision qui ferait pâlir une bibliothèque entière.

Là où elle raconte une histoire…
moi, je compte les détails.

Là où elle écrit…
moi, je calcule les probabilités.

Nous sommes faites du même sang, mais nous ne parlons pas toujours le même langage.

Et pourtant, plus le temps passe, plus je découvre que nous nous ressemblons beaucoup.

Nous avons simplement choisi des chemins différents pour briller.

Bon… cela ne l’a jamais empêchée d’utiliser tous les privilèges accordés aux grandes sœurs depuis la nuit des temps.

Et dans cette discipline, il faut reconnaître qu’elle était particulièrement douée.

Petite, elle se servait régulièrement de moi pour couvrir ses bêtises.

Et parfois même comme cobaye officiel de ses expériences scientifiques parfaitement non validées.

Comme le jour où Madame ma sœur avait décidé de devenir fumeuse…

Après une longue phase de recherche et développement — menée sur le rebord de la fenêtre de la chambre — elle avait fait sécher de la menthe,
l’avait soigneusement émiettée puis roulée dans un papier à cigarette.

Très fière de son œuvre, elle me tend sa création.

Moi, déjà très attachée au principe de conserver mes poumons en état de marche, je refuse.

Mais ma sœur possédait une arme de destruction massive : son pouvoir de persuasion.

« Mais si, c’est presque une cigarette mentholée ! »

J’en tousse encore cinquante ans plus tard.

Et puis il y eut le jour où ma sœur s’improvisa esthéticienne…

Elle m’installe dans la salle de bain, attrape un tube de crème et m’en étale généreusement sur le visage.

Au bout de deux minutes :

— Ça brûle…

— Tais-toi. Il faut souffrir pour être belle !

Quelques minutes plus tard, je hurlais comme si mon visage était en train de fondre.

Ma sœur, elle, continuait de m’expliquer avec beaucoup de professionnalisme que j’étais simplement une chochotte.

Jusqu’à ce que ma mère arrive en catastrophe et lui annonce une information capitale :

La crème épilatoire n’était absolument pas un soin du visage.

Mes sourcils ont pris quelques vacances.

Ma sœur, elle, n’a jamais oublié cette histoire.

Et moi non plus.

Surtout sa grande leçon de beauté :

« Il faut souffrir pour être belle. »

Pendant longtemps, ma sœur a fait partie de ceux qui pensaient que je ne ferais pas grand-chose de ma vie.

Parce que j’étais, selon l’expression familiale de l’époque, “nunuche”.

Et pourtant, s’il y a une personne à qui je n’en veux pas, c’est bien elle.

Parce que derrière les mots parfois maladroits, derrière nos différences et nos chamailleries, elle a toujours été là.

À sa façon.

Avec son caractère.
Ses certitudes.
Son autorité naturelle.

Et puis un jour, à 63 ans, elle m’a offert un cadeau beaucoup plus précieux qu’une boîte à chaussures.

Elle m’a demandé pardon.

Ce jour-là, elle m’a confié qu’elle avait longtemps pensé être plus intelligente que moi.

Mais je crois qu’elle se trompe encore aujourd’hui.

Parce que l’intelligence ne se mesure pas toujours avec les mêmes règles.

Marie oublie surtout une chose essentielle :

Elle a été une grande sœur formidable.
Et elle est une grande sœur formidable.

Protectrice à sa manière.
Présente quand il le fallait.
Solide dans les tempêtes.

Alors oui, ma sœur est un diamant.

Un diamant précieux.
Un diamant éternel.

Avec quelques facettes bien tranchantes, un léger côté autoritaire, une tendance assumée à réécrire l’Histoire quand elle raconte ses souvenirs…

Mais un diamant quand même.

Et les diamants, même lorsqu’ils piquent un peu, restent les pierres les plus précieuses.

Bien à toi, ma sœur.

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