Roméo et Juliette – Chapitre 2
Le premier jour… et la première nuit
Le premier jour
Il s'est déroulé dans le plus grand respect des Dix Commandements selon Sainte Céline.
J'ai pesé les croquettes avec une précision digne d'un pharmacien.
Ajouté les compléments alimentaires.
Distribué les friandises. Bref... J'ai appliqué le protocole à la lettre.
Là où les choses se compliquent, c'est avec Roméo.
Sa maman lui manque énormément.
Monsieur refuse pratiquement de terminer sa gamelle si je ne suis pas assise juste à côté de lui.
Je vous assure. Je dois littéralement lui tenir compagnie pendant qu'il mange.
Et une fois le repas terminé...
Direction la salle de bain. Parce que Monsieur a réussi l'exploit d'avoir de la pâtée jusque dans les moustaches.
Alors, comme avec un enfant de trois ans, je prends un gant de toilette et je lui nettoie la petite bouille.
Non, non. Vous ne rêvez pas. Je le fais vraiment.
Juliette, elle, vit les choses avec beaucoup plus de philosophie.
Sa mère peut bien être partie à l'autre bout du monde...
Du moment que les croquettes arrivent à l'heure, tout va bien. Ou presque.
Après leur repas, je me suis occupée du mien.
La veille, j'avais passé une bonne partie de la soirée à faire du rangement dans mes dossiers informatiques.
Du coup... Flemme absolue de cuisiner.
J'ai donc commandé un Indien.
Enfin...
Un repas indien. Pas un Indien en chair et en os.
Il paraît qu'il faut tout préciser aujourd'hui. Butter chicken. Riz. Et, bien évidemment... Un Naan au fromage et Un Coca.
Je m'éparpille. Mais vous commencez à avoir l'habitude.
Après le repas, nous sommes partis faire notre petite promenade. Et là...Surprise.
Ni Juliette ni Roméo ne voulaient rentrer.
Il faut croire que renifler toutes les odeurs improbables du quartier est pour eux l'équivalent d'une journée dans un spa cinq étoiles.
Alors que moi... Je déteste tout ce qui sent mauvais. Depuis l'enfance, je suis quasiment allergique aux odeurs.
Eux, en revanche... Ils sont au septième ciel devant une poubelle ou un lampadaire soigneusement parfumé par tous les chiens du quartier.
Les goûts et les couleurs...
Petit bilan de cette première journée. Premier commandement :
Juliette ne m'a pas explosé le mollet.
Deuxième commandement : Elle est restée parfaitement calme pendant la préparation des repas.
Troisième commandement : Aucune trace d'urine sur les pieds des chaises.
Roméo semble avoir parfaitement intégré la conversation très sérieuse que nous avons eue la veille.
Comme quoi... Une bonne discussion entre adultes peut parfois porter ses fruits.
La première nuit
Si ce titre vous rappelle le roman de Marc Levy... C'est parfaitement volontaire.
J’adore ses livres Le Premier Jour et La Première Nuit.
Alors, bien évidemment, je ne vais pas me comparer à son talent. Mais j'avais envie de lui faire un petit clin d'œil.
Et je peux déjà vous dire une chose...
Ma première nuit avec Roméo et Juliette a été beaucoup moins romantique que ces livres.
Après notre promenade, je prends une bonne douche bien fraîche.
La canicule est toujours bien installée sur Lyon.
Puis vient le moment d'accomplir un autre rituel imposé par Sainte Céline.
Installer... La valise.
Oui. La valise. Je vois déjà votre tête. « Mais qu'est-ce qu'elle nous raconte encore ? »
Je vous explique. Juliette adore gratter les portes. Pour éviter qu'elle ne les abîme, Céline m'a confié une énorme valise.
À mon avis, elle pèse à elle seule les vingt kilos autorisés dans un avion.
À moins qu'elle ne soit remplie exclusivement de boîtes de pâtée pour Roméo.
Je ne sais pas. Je ne l'ai jamais ouverte.
Ma mission consiste donc à placer cette valise devant la porte de la chambre.
Vers 23 heures, je me glisse enfin dans mon lit avec mon roman du moment de Jennifer L. Armentrout.
Aux alentours de minuit... Je relis trois fois la même phrase.
Le signal est clair.
Il est temps d'éteindre. Le salon est silencieux.
Je souris. La nuit s'annonce parfaite. Enfin... C'est ce que je croyais.
Juliette fait son show…
3 heures du mat’ : je monte le son ! Sommeil cassé.
Juliette se met à pleurer.
À gratter. À gémir.
Je résiste.
Cinq minutes. Dix minutes. Quinze minutes.
Je finis par imaginer qu'elle est peut-être coincée entre la valise et la porte.
Et à ce moment-là, qu’est-ce que je fais ?
Je me lève en catastrophe.
Verdict ?
Pas du tout. Mademoiselle est simplement installée sur la banquette... Puis sur la valise... Pour gratter plus confortablement.
Après un petit sermon — qui, je pense, l'a profondément fait rire intérieurement, je retourne me coucher.
Céline...
Je suis désolée. Ton système est officiellement contourné. Sur le papier... L'idée est excellente. Dans la réalité... c'est raté de chez raté !
4 h 15 — le rappel
Au cas où je n’aurais pas compris qu’elle était seule, toute seule, toute seule.
J'ai droit à un rappel et un deuxième concert.
Cette fois... Je ne bouge pas. Je serre les fesses et elle monte le son...
Et au bout d'une vingtaine de minutes de protestation intensive, je craque.
Je lui hurle d'arrêter son cirque.
Tant pis pour la voisine du dessus.
De toute façon, il paraît qu'elle n'est pas très sympathique.
Autant qu'elle ait une bonne raison de ne pas m'aimer.
Vous pensez que c'est terminé ?
Quelle naïveté.
Je suis toute seule, toute seule, toute seule
Juliette remet ça vers 6 heures.
Puis encore vers 7 heures.
Je lutte contre une seule envie...
Ouvrir la porte. La laisser venir dormir sur le lit.
Mais je résiste.
Parce que je me répète : « Si tu cèdes une seule fois... tu es fichue pour les quinze prochains jours. »
Finalement...
Je me réveille à 8 h 45.
Étonnée. Cette fois, Juliette n'a même pas réclamé son petit-déjeuner. Comme quoi...
Les révolutionnaires aussi ont besoin de dormir.
Alors dites-moi... À votre avis... Est-ce que je vais réussir à tenir quinze jours sans laisser Mademoiselle dormir dans ma chambre ?
Parce que, franchement...
Je commence à avoir quelques doutes.
Et je sais... Je me suis encore énormément éparpillée.
Et alors ?
Grosse léchouille de Roméo et Juliette… jusqu’au prochain épisode.
